Le kigo 季語 de l’été du jour “Quelle chaleur!” Mais qu’est-ce qu’un kigo?
Dans le monde du haiku, le kigo est communément ce qu’on appelle le “mot-saison”. C’est-à-dire un mot qui par sa seule évocation va fixer le poème dans un contexte saisonnier et émotionnel particulier.
La liste est longue mais on y trouve les n
oms des saisons ou des mois mais aussi et surtout des noms de plantes et d’animaux qu’on a associés à une certaine saison. L’exemple le plus évocateur, les oies sauvages qui sont depuis très longtemps symboles de l’automne au Japon (et pas seulement). Ces oies reviennent au printemps bien sûr mais ce n’est pas ce que le poète retient. Pour lui cette forme triangulaire dans le ciel est synonyme de voyage lointain, de retour au pays natal, mais surtout de nostalgie et le signe incontournable que l’hiver approche, gris et triste.
Ainsi l’été est marqué par le chant des cigales, les libellules, mais aussi les pastèques et surtout la chaleur sous toutes ses formes! Mais qui dit chaleur dit aussi la recherche incessante de fraîcheur. Le poète va donc évoqué le moment présent sans chercher les grandes expressions et faire des rimes mais va plutôt tâcher de rendre l’atmosphère d’un moment en particulier, une émotions ressentie, un mot partagé.
Voici quelques exemples de haiku d’été. Saurez-vous retrouver leur kigo ?

稲妻に こぼるる音や 竹の露
(inazuma ni / koboruru oto ya / take no tsuyu)
éclairs de chaleur –
ah! le bruit de la rosée
tombant des bambous
Buson*
動かして みれど竹も 暑かな
(ugokashite / miredo take ni mo / atsusa kana)
même dans les bambous
qui frémissent
quelle chaleur!
Chiyo-ni
夏衣 いまだ虱を 取り尽くさず
(natsugoro / imada shirami wo / toritsukusazu)
vêtement d’été
jamais ne finirai
de lui retirer ses puces
Bashô*
赤き日の 海に落込む 暑さかな
(akaki hi no / umi ni ochikomu / atsusa kana)
Le soleil rouge
tombe dans la mer
quelle chaleur!
Soseki
朧月蛙に濁る水や空
(oborodzuki / kaeruni nigoru / mizu ya sora)
la lune voilée
le chant des grenouilles brouille
l’eau et le ciel
Buson
Poèmes tirés de A la recherche de l’instant perdu, anthologie de haïku, Cheng Wing fun et Hervé Collet, éd. Moundaren, 1991.
Sauf Buson*, tiré de Buson, 66 haiku, Joan Titus-Carmel,éd. Verdier, 2004.
et Bashô*, tiré de Bashô, Haïkus et notes de voyage, Nozarashi Kikô, Synchronique Editions, 2016.
Illustration: Andrea Villat, 2018.